Découvrez l’interview d’Axelle Marie, gagnante du Trophée de Thèse 2026

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28/01/2026

En 2025, la 2ème édition du Trophée Audevard – In Equine Vets We Trust a eu lieu.

Découvrez l’interview d'Axelle Marie, vétérinaire junior à la Clinique Vétérinaire Équine de Méheudin et grande gagnante du Trophée pour sa thèse : « Évaluation comparative des taux de mortalité embryonnaire et fœtale après transfert chez des juments receveuses d’embryons frais produits in vivo et d’embryons congelés-décongelés produits in vitro après injection intracytoplasmique de sperme (icsi) d’ovocytes maturés in vitro pendant quatre saisons de reproduction (2021-2024)»

A travers cette démarche, nous avions à cœur d’apporter notre soutien aux futurs vétérinaires équins dans leur début de carrière et valoriser le partage des connaissances scientifiques au sein de la filière. 

1. Pouvez-vous nous parler de votre thèse et de ce qui vous a motivée à choisir ce sujet en particulier ?

Ma thèse est une étude comparative des taux de mortalité embryonnaire et fœtale après transfert d’embryons chez la jument, réalisée au Haras de Hus sur quatre saisons de reproduction, entre 2021 et 2024. Elle compare la survie d’embryons produits in vivo dits “embryons frais”, à celle d’embryons produits in vitro par la technique OPU-ICSI, puis congelés, dont la fécondation est réalisée au laboratoire Avantea en Italie. L’étude porte sur 1339 transferts analysés, issus d’une base initiale de 1639 transferts, ce qui constitue une cohorte large, homogène et représentative dans un cadre de reproduction de haut niveau et majoritairement orienté vers des juments de sport.

Mon intérêt pour ce sujet est né tôt. Dès ma première année à l’école vétérinaire de Nantes, j’ai travaillé les week-ends comme ASV à Hus Reproduction, où j’ai découvert la reproduction équine. J’ai eu la chance d’assister à de nombreux actes de reproduction assistée, de l’insémination aux transferts d’embryons, en passant par la ponction d’ovocytes. Au cours de ces 5 ans, j’ai eu l’occasion d’avoir des discussions approfondies avec les clients de Hus qui s'intéressent de plus en plus aux nouvelles techniques de reproduction assistées telles que l’OPU-ICSI. Je me suis alors moi-même posée de nombreuses questions et j’ai commencé à faire des recherches bibliographiques sur le sujet, jusqu’à constater que plusieurs de ces points restaient débattus dans la littérature. C’est notamment le cas de la comparaison entre la survie des embryons produits in vivo et celle des embryons ICSI, une problématique centrale pour les propriétaires de juments de sport et qui m’a donc conduit à proposer ce sujet au professeur Jean-François Bruyas à l’école.

2. Avez-vous une anecdote à nous partager sur ce travail ? Un moment marquant ? Une difficulté rencontrée ?

Après coup, ce que je retiens de cette thèse c’est qu’elle était ambitieuse et exigeante, surtout concernant l’analyse statistique, avec une base de données de plus de 1300 transferts et des analyses de survie très complexes, mais elle s’est révélée extrêmement formatrice. J’ai développé un réel intérêt pour la reproduction équine et cette thèse m’a permis d’apprendre à aller chercher de manière efficace et critique dans la littérature scientifique, ce qui me sert énormément aujourd’hui. Puis, obtenir des résultats aussi robustes et pouvoir les confronter aux données publiées a été extrêmement stimulant. C’est, à mes yeux, l’un des aspects les plus marquants de ce projet.

3. En quoi pensez-vous que votre travail peut contribuer à l’évolution de la médecine vétérinaire équine ?

Cette étude a permis de mieux caractériser la dynamique de survie des embryons produits par ICSI par rapport aux embryons produits in vivo. Elle met en évidence que la fragilité accrue des embryons in vitro s’exprime essentiellement au cours de la période embryonnaire précoce, avant 14 jours de gestation. En revanche, une fois ce stade critique passé, leurs taux de survie deviennent comparables à ceux des embryons produits in vivo.

Ces résultats ont déjà eu un impact pratique au Haras de Hus dès la saison 2025, notamment par le renforcement du suivi systématique à J14 après transfert et par une adaptation de la gestion des juments receveuses afin d’optimiser les chances de réussite, en particulier lors des transferts estivaux ou après réutilisation des receveuses. Ce travail a également permis de mettre en évidence l’influence de plusieurs facteurs tels que le nombre d’embryons récoltés lors d’un même cycle in vivo, le sexage embryonnaire par biopsie des embryons in vitro, la réutilisation des juments receveuses au cours d’une même saison, ou encore l’effet de la saison, avec un risque plus élevé de pertes embryonnaires précoces si le transfert a lieu en été.

Je pense que cette thèse peut ainsi aider à répondre de manière plus objective aux questionnements des propriétaires et des éleveurs concernant les stratégies de reproduction à adopter, et permettre d’adapter plus finement le suivi reproductif au contexte sportif des juments, en affinant au mieux les décisions au cas par cas.

Au-delà des réponses que cette thèse apporte, elle ouvre également la voie à de nouvelles recherches avec l’étude de facteurs complémentaires tels que les conditions météorologiques ou la durée de conservation des embryons congelés par exemple, déjà en cours avec la même population d’étude.

4. Y a-t-il une figure inspirante qui a particulièrement influencé votre parcours ?

Sans hésiter, je citerais le docteur Hubert Terris (et toute l’équipe Hus Reproduction). C’est lui qui m’a donné l’opportunité de découvrir la reproduction équine de haut niveau et d’y faire mes premiers pas. Au-delà de la technique, il m’a surtout transmis une grande rigueur et une vraie persévérance dans le travail. Il incarne pour moi cette exigence permanente de vouloir faire mieux, de se former continuellement et de ne jamais se satisfaire d’un acquis.

Il m’a permis de voir naître, lors de ma rotation clinique à l’école vétérinaire de Nantes, le poulain d’une des premières juments que j’avais inséminées un an auparavant. C’est à ce moment-là que j’ai pleinement mesuré le sens et la beauté de tout le travail de ces 5 années.

5. Quelles sont vos aspirations professionnelles à la suite de ce prix ? Comment voyez-vous votre futur en tant que vétérinaire équin ?

Je suis actuellement vétérinaire junior à la Clinique Vétérinaire Équine de Méheudin, où je travaille aux côtés de spécialistes qui m’apprennent énormément au quotidien. La reproduction équine est sans aucun doute le domaine qui m’attire le plus, mais j’aime avant tout la médecine équine dans sa globalité et donc, à plus long terme, j’aspire à être vétérinaire généraliste équin en ambulatoire, avec cette volonté de bien faire et d’appuyer ma pratique sur les données actuelles.

Pour plus tard, je prévois d’ailleurs de passer le diplôme de chef de centre dès que possible, et, avec le professeur Jean-François Bruyas et le docteur Hubert Terris, de présenter les résultats de cette thèse lors de différents congrès, y compris à l’international, afin de continuer à échanger et à apprendre au contact d’autres professionnels de la reproduction équine.

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